Question au ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire.

Monsieur le Ministre,

Je vous demande de bien vouloir trouver ci-joint une note dont le contenu est destiné à provoquer une réaction de votre part, autant que faire se peut. Je n’ignore pas que le temps vous est compté. Vous n’ignorez pas qu’il est des questions auxquelles on se doit d’en consacrer quand elles touchent à nos engagements et nos responsabilités. Merci donc de l’attention que vous apporterez à donner à cette note son vrai sens, celui d’un souci de gestion plus appropriée d’une question qui relève de vos engagements personnels et publics.

Je vous adresse, Monsieur le Ministre, l’expression de mes sentiments républicains respectueux et attentifs,

Jean-Jacques Spénale
82140 Saint Antonin Noble Val

N.B. Je donne notamment copie de ce courrier aux parlementaires de mon département, dont j’imagine qu’ils partagent mon indignation.

PIECE JOINTE

Pour renouveler un passeport ou une carte d’identité, France 2 se faisait l’écho ce 11 janvier à 13h d’une situation touchant environ 100.000 français à qui l’on demande de prouver qu’ils le sont. Aux uns on dit que leurs anciens papiers d’identité successifs sont le fruit d’erreurs administratives. Devant leur impossibilité d’apporter les preuves exigées, s’ils disent qu’ils souhaitent alors déposer une demande de naturalisation française, on leur répond qu’ils ne peuvent pas, puisqu’ils sont déjà Français !
Il est toujours possible de préférer marcher sur la tête, mais ce n’est pas au gouvernement d’en donner l’exemple. Monsieur le Ministre, sommes-nous nés au pays de Descartes et des droits de l’homme et du citoyen ?
A d’autres, bien que nés à l’étranger de parents français, on inflige la déconvenue de prouver qu’ils le sont bien. Gare à ceux dont l’un des ascendants ne s’appelle pas « Dupont blanc de blanc » ! Entre autres conditions « exigibles » …

Bien entendu les administrations passent pour folles quand elles ne font qu’appliquer, formulaires à l’appui et cases à cocher, ce que vos services (sous vos ordres et sous votre propre responsabilité), imposent à des gens à qui vous demandez de débattre de ce qu’est l’identité nationale, et l’intégration … La leur ? Mon témoin de mariage, 74 ans, né de mère française et de père « exotique »… est professeur retraité et ancien Officier de Réserve. Il s’est lui aussi heurté au moment d’un renouvellement de papiers d’identité à ces âneries dites à tort « administratives » puisqu’elles sont « gouvernementales ».
Or :
1° Ce n’est pas aux particuliers de réparer 100.000 supposées erreurs « administratives » sur des questions d’identité qui seraient le fruit de décisions ministérielles de l’époque précédente.
2° Sauf à n’avoir aucune connaissance juridique, il est des domaines où le droit ne peut avoir d’effet rétroactif. La nationalité par le droit du sol est bien de ceux-là, au moins jusqu’à la date où il a fait l’objet d’une modification restrictive pour les jeunes.
3° Un étranger ne peut être professeur de l’Education nationale en France, et un EOR de l’armée de terre ne peut pas non plus être étranger dans l’armée de son propre pays. Et mon témoin de mariage était les deux !

En dehors du phénoménal désordre très artificiellement créé pour une catégorie de Français qui, de toute façon, finira par avoir les renouvellements demandés, de telles inepties tatillonnes n’apportent que des tracasseries et du travail administratif inutiles; mais aussi des pertes de temps et d’argent pour des gens souvent modestes, et de surcroît une rancœur contre le pays qu’ils ont servi et qui les traite comme des parias … Et encore, hélas, la preuve que la bêtise peut s’ériger en règle au sein même d’institutions dont le rôle est de donner aux Français des exemples de bonne gestion.

Monsieur le Ministre, une réponse motivée de votre part m’honorerait et vous honorerait, à moins que la démocratie n’implique plus que la déclaration des abus doive faire l’objet de remises en question, par ceux qui sont en garde des principes républicains, tout comme nos élus qui, semble-t-il, laissent aller les choses en l’état, comme si elles allaient de soi, sans en paraître scandalisés au point de réagir.

N.B. : Pour grossir les statistiques de reconduites aux frontières, nos forces de l’ordre sont allées jusqu’à « saisir » les passagers de bus en transit vers le Maroc via l’Espagne, pour leur payer par avion un voyage d’expulsion vers une destination dont ils avaient déjà réglé le trajet … puisqu’ils rentraient chez eux ! Se peut-il que les finances de l’Etat soient moins touchées par la crise que celles des Restos du cœur ?

Identité nationale : le débat façon Besson

Besson Eric

Voici, en substance et in extenso, ma modeste contribution postée sur le soi-disant site de débat, et que le webmaster a jugé opportun de censurer modérer :

« La France, pour moi, c’est avant tout une république démocratique née de la révolution. Enfant, j’ai fait miennes les valeurs intrinsèques de notre pays et longtemps, j’ai été fier d’être né au pays des lumières, grâce notamment à l’héritage de Voltaire, Montesquieu ou encore Rousseau.
Je me souviens qu’un jour mon grand-père, lui aussi humaniste convaincu, expliqua à mon frère ainé qui arborait fièrement une croix occitane qu’il valait peut-être mieux avoir sur son tee-shirt douze étoiles sur fond bleu, car, quand bien même la culture et la langue occitane méritaient l’intérêt qu’il lui portait, il était toujours préférable d’aller vers un élargissement que vers un rétrécissement. C’est à peu près à cette époque que j’ai commencé à voyager et à me sentir autant européen que français. Si l’on me demande maintenant ce qui fait de moi un français, je dirai que c’est avant toute chose ma culture, mais que je suis fier de la garder ouverte à celle des autres.

voltaire1Aujourd’hui, j’ai honte de voir la séparation des pouvoirs piétinée, j’ai honte de la casse du service public que le monde entier nous a envié, j’ai honte des articles qui paraissent dans la presse étrangère pour moquer le népotisme présidentiel … Non, Mr Sarkozy ne rend pas service à la France, il rend service à ses amis industriels qui l’ont porté au pouvoir. Jamais je n’aurais cru qu’en France le clientélisme puisse arriver à la tête de l’état.

Mais être Français c’est aussi être résistant, aujourd’hui peut-être autant qu’en 40. Avoir le courage de ses opinions, se tenir debout devant le Ministre Besson pour lui dire à quel point son arrivisme l’a fourvoyé, lui qui n’hésite pas à expulser sans état d’âme, reprenant à son compte une maxime qu’il tronque sciemment : « La France n’a pas vocation à accueillir toutes les misères du monde » (là où l’originale ajoutait « … mais elle doit en prendre sa juste part »). Oui, aujourd’hui, j’ai honte de mes compatriotes qui sont entrés dans une léthargie télévisuelle individualiste, et qui ont voté pour une illusoire sécurité au détriment de leurs libertés fondamentales. La fermeture plutôt que l’ouverture. »