Lettre ouverte à Nicolas Bedos

Cher Nicolas Bedos,

Imageun petit mot de réaction après l’écoute de votre interview sur Europe 1. Vous êtes indéniablement doué, c’est le moins qu’on puisse dire ! Votre façon d’affirmer le respect que vous avez pour votre prochain, avec cette sincérité mâtinée de désinvolture feinte, c’est limite touchant. Cependant, comme vous sembliez affligé par le manichéisme des réactions qu’à suscité votre tribune, je vais me faire un devoir de pondérer un peu par la nuance. Car si j’ai le sentiment que vous êtes au fond de bonne foi, je pense que vous avez une vision toute étriquée du phénomène. Et j’ai en outre l’impression que vous le gérez à peine mieux que Manuel Valls. Je dis mieux, parce que vous êtes un alliage plutôt fin de saines valeurs humanistes et d’un humour décapant dans le droit fil de la tradition, qu’elle soit nationale ou familiale. Mais mal quand même, parce que vous faites erreur et vous égarez sur les intentions comme sur le rôle profond de Dieudonné. Ce serait somme toute excusable au regard du maëlstrom ambiant qui nous sert de repère, si vous ne méjugiez en prime de son public, ce qui m’indispose déjà davantage.

Je suis de ceux, assez nombreux en France, qui pensent que la loi Fabius Gayssot a ouvert une boite de pandore. C’est d’ailleurs, à priori, la seule loi française qui se soit passée de la validation du conseil constitutionnel, et c’est elle qui aura permis à la LICRA d’exister. Rien que cet acronyme … l’esprit chagrin que je suis voit d’un assez mauvais oeil la distinction faite entre le R et A. Comme une inégalité qui se profile à l’horizon. Bon, le R on sait ce que c’est, mais le A ?… Le simple fait d’en demander une définition constitue déjà pratiquement un acte de rébellion en soi (de catégorie A, justement). Moi, je ne fais que dire qu’on a le droit de rire de cette incongruité. Ca n’est en tout cas pas plus choquant que le sketch faisandé sur le génocide rwandais, qui est passé sur anal + à une heure de grande écoute : « ♪♫ maman est en haut, coupée en morceaux ♪♫♪… » même si je ne suis par ailleurs pas davantage pour l’interdire, non, mais imaginez un peu le couplet transposé : « ♪♫ Maman est en haut, qui fait du savon, papa est en bas, qui sniffe du zyklon ♪♫♪ … » Vous avouerez que ça donne tout  de suite un petit côté caustique légèrement déplacé, non ? Pourtant, l’humour, ça doit aussi servir à choquer les consciences. A chacun d’en user de manière avisée, qu’il soit auteur ou spectateur, en conservant son libre arbitre comme son esprit critique.  S’il a pu m’arriver de trouver vos chroniques jubilatoires, Dieudonné reste un des rares à me faire littéralement éclater de rire, avec ses propos politiquement très incorrects, sa mine de ne pas y toucher,  sa bonhommie truculente, son insoumission chronique …

ImageVous devriez m’accorder sans peine qu’il est de loin le plus subversif de nos bouffons. Lui qui tutoie le gouvernement, met la fessée à Moscovici, insulte les arrogants, serre les paluches des pires infréquentables, ridiculise le sinistre de l’intérieur en le prenant à son propre jeu … Et dont le bilan s’alourdit, à chaque vidéo, de 2 à 3 millions de morts … de rire. Alors oui, je crois qu’on peut dire sans risque de se tromper qu’il agace en haut lieu. Au point même de provoquer des dérapages dangereusement incontrôlés de la part de ceux dont la fonction même aurait du interdire toute autre réaction que l’indifférence. Et l’on s’étonne après que dans ces traces de pneus vienne se fédérer un public de plus en plus large, excédé qu’il est d’être pris pour un con à longueur d’émissions de télévision. Mais faut le comprendre, des fois, le public. D’autant qu’il a Internet à sa disposition (pour l’instant), avec RT, IRIB, Egalité & Réconciliation, l’Agence Info libre, le réseau Voltaire, Investig’action … toute cette ribambelle de sources « russo-révisionnistes », qui ne sont évidemment là que pour alimenter de fumeuses théories complotistes. A ceci près que n’importe qui avec deux sous de jugeote aura tôt fait de jeter un oeil sur l’actionnariat desdites sources, et de se rendre compte qu’elles sont, dans le meilleur des cas, exemptes de conflit d’intérêt (ce dont fort peu de titres hexagonaux peuvent se targuer) et dans le pire à considérer comme de la propagande au même titre que nos médias.

Vous qui avez une conscience somme toute objective de votre statut privilégié de bobo parisien, je vous trouverais extrêmement inspiré de venir assister à un de ses spectacles en province. Je vous imagine volontiers plutôt surpris par la grande diversité d’origines et d’âges de ce public. L’ambiance y est, sauf trouble à l’ordre public sur injonction de quelque illuminé de l’ordre national du Mérite, toujours à la courtoisie et à la bonne humeur. Rien de très étonnant cela dit. Ce refus de la violence, caractérisé par la volonté d’en rire que symbolise la désormais célèbre quenelle, tient tout entier dans le discours de fond de Dieudonné, qui n’a finalement jamais changé d’un iota : il a toujours refusé de voir autre chose qu’un représentant de l’humanité dans le regard de l’autre. Vouloir en faire un raciste est d’ailleurs une hérésie, un contre-sens total, et la part de son public qui ne s’est jamais résolu à l’ostraciser ne peut que prendre aujourd’hui cette propagande télévisuelle pour ce qu’elle est. Mais … « On me dit que des antisémites se sont glissés dans la salle ? »… Circulez, vous ne pouvez pas rester ici, le spectacle est terminé ! Voilà qui est bien dommage, parce que nous on avait comme une féroce envie de rigoler. C’est bien comme ça qu’on aimerait la faire cette indispensable révolution : par le rire. Parce que se foutre de la gueule de Valls, finalement, c’est bien meilleur pour la santé que de s’énerver à chacune de ses sorties de route. « Hé, Manu, tu descends ? » Si, si, je t’assure, faut redescendre ! Tu peux pas rester perché comme ça …

Bon, alors maintenant, mettons qu’il faille aussi instruire un peu à charge. On est bien obligés de reconnaitre que l’animal est un vilain joueur, qui adore appuyer là où ça fait mal. Comme il le dit si bien lui même : « J’y peux rien, ch’uis taquin, d’une taquinerie toute maladive … » Mais si ce n’était que ça … c’est qu’en plus il semble aimer cultiver l’ambiguité, lui qui en est presque à faire du « border line » une marque de fabrique. Laquelle marque lui rapporterait gros, mais on ira pas jusqu’à comparer avec les stars des JT. Ce sera au final un des rares griefs que je serais susceptible de retenir à son encontre. Et encore, je me demande malgré tout si il n’est pas là aussi dans son rôle. Quitte à l’habiter, le rôle … On peut pas tout le temps faire semblant. Surtout avec ce méchant vent de face : il arrive un moment où rester debout, ça devient un engagement ! C’est quand même un truc de dingue ce qui lui arrive, essayez de vous mettre cinq minutes à sa place (ça ne devrait pas être trop compliqué : j’ai cru comprendre que vous aviez été menacé, vous aussi). C’est en cela que je vous trouve un peu déconnecté des réalités. Vous avez certes les bonnes préoccupations et les meilleures volontés du monde (c’est dire si je vous crois intègre), mais il semblerait que vous ne soyez pas en mesure de comprendre que quelques exacerbés (qu’ils soient nervis à la LDJ ou fans de Dieudo) puissent mal interpréter vos propos, et juger que cet apparent positionnement sur plusieurs tableaux relève d’une certaine malhonnêteté intellectuelle.

ImageJe suis pour ma part bien convaincu qu’il n’en est rien, mais les réalités sociales nous rappellent qu’elles demandent de l’engagement. Que personne ne veuille faire le boulot à la place de Dieudonné, ou même lui filer un coup de main – à la limite, quand t’as des gosses à nourrir, et que ton gagne pain c’est la télé – on peut essayer de comprendre. Mais le minimum syndical devrait vous contraindre à adopter une posture un peu plus humble, un peu plus discrète, à l’instar d’un Comte de Bouderbala ou d’un Alexandre Astier, qui refusent tout simplement de se soumettre au haro consensuel. Ou mieux encore d’un Daniel Prévost qui n’hésite carrément pas à prendre tout le monde à contre-pied, et à foutre les siens dans le plat (quitte à tirer un trait sur le tournage de « La vérité 4 ») !

Enfin, soyons raisonnables : personne ne va déporter personne. Il serait grand temps que l’on puisse se parler et s’écouter, à défaut de s’entendre. Et pour pouvoir en arriver là, il faudrait déjà essayer de dépassionner un peu le débat, qui commence là à friser le ridicule absolu ! La presse étrangère unanime se demande comment le pays de Rousseau a pu en arriver à de telles extrémités … Et très franchement, je doute fort qu’on puisse leur faire avaler que l’hystérie soit dans le camp de ceux qui ont pris le parti d’en rire. Il faut vraiment avoir abandonné ses dernières minutes de cerveau disponible pour gober un mensonge pareil. Se contrefoutre de tout au point de laisser LCI & BFM vous dicter la vérité. Ou peut-être, et j’imagine que c’est une option à envisager dans votre cas, craindre très fort d’être rejeté par des amis chers, pour lesquels prendre du recul est particulièrement difficile. Ce que je fais avec les miens, d’amis, c’est que je leur recommande la lecture de quelques ouvrages éclairés d’auteurs tels que Norman Finkelstein, Shlomo Sand, Gilad Atzmon ou Jacob Cohen (Le printemps des sayanim). De voir « Defamation« , le film de Yohav Shamir, ou celui de Asher Namias et David Balchasan « The ringworm children ». Sans être obligé d’aller jusqu’à Bryan Mark Rigg ou David Cole, il y a moyen de trouver quelques alliés objectifs d’une réalité bien concrète. Mais en tout état de cause, casser du sucre sur le dos du dernier homme debout de votre profession, c’est totalement contre productif, en plus d’être petit et mensonger. Quand la délégation des rabbins orthodoxes de Neturei Karta est venu à Paris prier pour Yasser Arafat, pas un seul média n’a voulu les recevoir. Ils ont fait leur conférence de presse … dans le théâtre de Dieudonné ! Bingo ! Quelques journalistes étaient bien présents, mais pas un papier n’a filtré dans la presse. C’est qu’il s’agirait là de rabbins antisémites ! C’est en tout cas ce que nous sommes priés d’avaler. Et il faudrait en prime dire qu’on trouve les quenelles de mauvais goût ? Mais qui a dit qu’il fallait les avaler, les quenelles ? Le glissage, c’est pas par là, faut pas se tromper de sens.

En attendant, quand je vous dis qu’on en peut plus d’être pris pour des truffes, je pourrais encore pousser le raisonnement jusqu’au bout : tout ce cirque est tellement grossier que la vraie question à se poser serait plutôt de savoir si le gouvernement ne serait pas en train de tout faire pour nous jeter dans la rue. Les violentes provocations à l’encontre des valeurs chrétiennes ou musulmanes, les malversations et les égarements de nos élites corrompues, les lois répressives et liberticides « votées » en catimini, la surveillance généralisée, le deux poids – deux mesures permanent, l’exacerbation des communautarismes, la censure, les double discours, les délits d’opinions, les procès d’intention, les « jours de colère » organisés depuis Panama … « Tout cela nous rappelle les heures les plus sombres de notre histoire » ! « Les français n’aiment pas, ça » (BHL). Et vu l’empilement de conneries en tous genres, on a vraiment l’impression que ce gouvernement fait tout ce qu’il peut pour se faire détester. Pour mieux nous faire accepter l’idée de se débarrasser d’eux au profit d’une gouvernance mondiale, peut-être ? Selon une loi universelle qui veut que l’on doit toujours bien agiter le peuple avant de l’asservir. Phase 1, on augmente la température du bain en faisant feu de tout bois, jusqu’à ébullition. Phase 2, on déclenche, puis noyaute les émeutes, qu’on laisse gravement déborder, voire qu’on met en scène pour littéralement choquer l’opinion (psyop). Phase 3, une fois la population excédée et apeurée, on arrive avec une solution européenne sécuritaire (et totalitaire), le gouvernement est démis, et c’en sera fini une bonne fois pour toutes de ces chieurs de français ! Si ça vous paraît loufoque, n’allez surtout pas creuser, c’est typiquement le genre de théorie qu’on arrive à documenter sans même le vouloir.

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Donc vous, oui, vous, Nicolas Bedos, fine plume de la nation (ne cherchez pas, ce n’est pas un gros mot), moqueur impénitent soit peu consciencieux, que ne prenez vous le seul parti qui s’impose de lui-même : celui d’en rire ? Qu’à nous ne tienne de déjouer le triste scénario qu’ont concocté les élites de la finance apatride pour les manants que nous sommes. Ils sont déjà aux abois, qui multiplient les faux pas dans l’urgence et ne pourront bientôt plus tirer sur la planche à billets. Il ne tient qu’à nous, qu’à vous, de les exposer et de les moquer. C’est la seule chose que ces réseaux de l’ombre ne sont pas en mesure de supporter : l’exposition au plein jour et la raillerie. Redire que les vrais fisteurs, ce sont ces crevards de la Fed et de la BCE, banques privées à l’opacité totale qui entendent régner sans partage sur nos vies, jusqu’à nos morts. Que les pantins qui leur servent de larbins, quelle que soit leur position sur l’échiquier politique ou leur fonction au sein de quelque organe de presse ou cénacle européen, n’ont d’autre ambition que de conserver leurs émoluments de privilégiés. Et que les quenelles ne sont là que pour chatouiller leurs fondements et leur signifier ainsi que non, nous ne sommes pas dupes (ni fachos, ni masos) … A cet effet, et osant espérer trouver en votre auguste personne un allié objectif de choix, je vous invite, en tout bien tout honneur, à venir vous encanailler (incognito ou pas) avec une bande de potes toulousaings bien déterminés à aller prendre leur dose de grosse rigolade au Zénith, le samedi 22 février. Si par le plus grand des hasards j’étais parvenu à susciter chez vous la moindre curiosité, sachez que nous nous ferons un honneur, autant qu’un plaisir, de vous recevoir chaleureusement et en toute amitié. (Contact FB ci-dessous)
Bien à vous,

Goupil

EDIT 09/02
Dites voir Nicolas, je vous ai connu moins poussif … C’est visiblement très compliqué de faire de l’humour en ce moment  ! Mais qu’à vous ne tienne de sortir un peu du politiquement correct, vous verrez, ça simplifie la tâche. L’invitation du 22 tient toujours, même si ça commence vraiment à ressembler à un cours de rattrapage !

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4 réflexions au sujet de « Lettre ouverte à Nicolas Bedos »

  1. Niquel… Tout est clairement dit!!! Bedos verra qu’on est pas des cons de banlieues wech… Plus sérieusement merci ton article me file du baume au coeur!!!

  2. Ouêêêch !… GROs t’as tout chir-dé dans c’te tre-lé, Man !!! … Nicolas dans son petit coeur, que je devine amoureux au fond, devrait trouver là de quoi régénérer sa verve sanguine, tu le prends aux sentiments, dans les tréfonds de sa coquetterie intellectuelle et avec les mêmes accointances d’acquittements de sincérité et d’humanisme, non sans rappeler un certain « attentat » d’Amélie Nothomb … Michael, petit monstre admirable,… tu es grand, tu es petit, … tu es humain… et on t’aime de surcroît !

    Hé oui, Dieudo, Nicolas, … On vous aime, même quand vous êtes un peu sots, … Oui Oui, l’un comme l’autre qui nous foutez dans une merde noire au moindre apéro familial ou amical … Tant votre humour féroce n’a pour sa défense que l’étendue de vos coeurs que l’on a jugé bons et courageux, (vas expliquer ça à ta mère qui regarde TF1) … ! Vous avez notre immunité d’estime, impunité sentimentale, respect… immense !

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