Identité nationale : le débat façon Besson

2009/11/04

Besson Eric

Voici, en substance et in extenso, ma modeste contribution postée sur le soi-disant site de débat, et que le webmaster a jugé opportun de censurer modérer :

“La France, pour moi, c’est avant tout une république démocratique née de la révolution. Enfant, j’ai fait miennes les valeurs intrinsèques de notre pays et longtemps, j’ai été fier d’être né au pays des lumières, grâce notamment à l’héritage de nos penseurs humanistes tels que Montaigne ou Voltaire.
Je me souviens qu’un jour mon grand-père, lui aussi humaniste convaincu, expliqua à mon frère ainé qui arborait fièrement une croix occitane qu’il valait peut-être mieux avoir sur son tee-shirt douze étoiles sur fond bleu, car, quand bien même la culture et la langue occitane méritaient l’intérêt qu’il lui portait, il était toujours préférable d’aller vers un élargissement que vers un rétrécissement. C’est à peu près à cette époque que j’ai commencé à voyager et à me sentir autant européen que français. Si l’on me demande maintenant ce qui fait de moi un français, je dirai que c’est avant toute chose ma culture, mais que je suis fier de la garder ouverte à celle des autres.

voltaire1Aujourd’hui, j’ai honte de voir la séparation des pouvoirs piétinée, j’ai honte de la casse du service public que le monde entier nous a envié, j’ai honte des articles qui paraissent dans la presse étrangère pour moquer le népotisme présidentiel … Non, Mr Sarkozy ne rend pas service à la France, il rend service à ses amis industriels qui l’ont porté au pouvoir. Jamais je n’aurais cru qu’en France le clientélisme puisse arriver à la tête de l’état.

Mais être Français c’est aussi être résistant, aujourd’hui peut-être autant qu’en 40. Avoir le courage de ses opinions, se tenir debout devant le Ministre Besson pour lui dire à quel point son arrivisme l’a fourvoyé, lui qui n’hésite pas à expulser sans état d’âme, reprenant à son compte une maxime qu’il tronque sciemment : “La France n’a pas vocation à accueillir toutes les misères du monde” (là où l’originale ajoutait “… mais elle doit en prendre sa juste part”). Oui, aujourd’hui, j’ai honte de mes compatriotes qui sont entrés dans une léthargie télévisuelle individualiste, et qui ont voté pour une illusoire sécurité au détriment de leurs libertés fondamentales. La fermeture plutôt que l’ouverture.”


Amendement 138 – Réponse à Catherine Trautmann

2009/10/26

Madame Catherine Trautmann donne quelques explications sur son profil facebook quant au compromis sur l’amendement 138, aussi appelé “amendement Bono”. Mi-octobre, elle a en effet cédé aux pressions du Conseil de l’Union Européenne, trahissant ainsi le mandat qui lui avait été confié par 88 % des eurodéputés. Car le Conseil, contre l’avis très majoritaire des parlementaires, avait subordonné l’adoption du Paquet Télécom à la suppression de cet amendement visant à prémunir les internautes d’une éventuelle dérive totalitariste (notamment en obligeant les états membres à conditionner toute coupure d’Internet à une décision de justice).
Se basant sur une “étude” pondue le matin même des négociations par le service juridique, et dont le seul objet est de justifier l’abandon de l’amendement 138 original, voici ce qu’elle dit :

trautmann

AMENDEMENT 138 ET COMPROMIS

L’amendement 138 est un symbole, j’en suis consciente et c’est la raison pour laquelle il a été soutenu par une majorité écrasante de députés y compris le groupe S&D dont je fais partie.
Toutefois, cet amendement est un symbole controversé et dont la fiabilité juridique est remise en cause. Peut-on sciemment prendre le risque de le défendre jusqu’au bout “pour la cause” tout en sachant qu’il peut-être déclaré irrecevable devant la Cour de Justice Européenne et que l’internaute se trouverait alors sans aucun moyen de défense ?

L’avis du service juridique du Parlement est clair sur ce point: sur la base de l’article 95 du traité CE et considérant la portée de la législation (marché intérieur) nous ne pouvons pas obliger les Etats Membres à introduire la notion de “jugement préalable par une autorité judiciaire”. En outre, cette notion n’apporte pas les garanties espérées.

En effet, même si dans notre directive les États membres se voyaient contraints à prévoir une décision préalable par un juge -il leur resterait toujours le soin de décider quel type de procédure ce juge devrait suivre. Les États membres pourraient donc très facilement s’acquitter de l’obligation que leur imposerait la directive de prévoir une décision préalable de justice en conférant à un juge la tâche de valider la décision de couper l’accès à Internet, mais selon une procédure simplifiée comme c’est le cas d’Hadopi 2 en France.”

Elle justifie ici son actuelle battue en retraite par son précédent compromis – concédé début mai – qui a permis d’encapsuler l’amendement Bono dans une directive dont les états savent s’affranchir. Compromis un peu à l’origine de l’adoption d’Hadopi 2 en France, d’ailleurs ! On serait presque tenté de noter une touche de cynisme : alors qu’elle constate avec nous que la France, une fois de plus, va préférer payer une amende à l’Europe plutôt que de retranscrire sa directive dans le droit national, elle nous demande de considérer cela comme un argument prouvant l’inefficacité de l’amendement. Et ce n’est pourtant pas faute de l’avoir mise en garde contre l’insuffisance de garanties qu’allait procurer une directive.

trautmann2“Sachant que le Conseil refuse l’amendement 138 à l’unanimité, la seule issue possible si nous nous obstinons à maintenir cet amendement est l’échec de l’ensemble du paquet. Nous perdrions alors toutes les dispositions visant à protéger le consommateur, celles relatives à des services de meilleure qualité à de meilleurs prix, celles relatives à l’investissement et à la relance économique.
Cela peut sembler peu de choses comparé à la défense des libertés fondamentales, mais qui dit échec du paquet dit aussi “pas de 138 du tout” ce qui va totalement à l’encontre du but que nous recherchons.”

Là, elle avoue avoir cédé au chantage du Conseil de l’UE. S’il fallait envisager les négociations comme une partie de poker, je dirais qu’elle s’est laissé enfumer par un bluff assez grossier, car ce chantage aurait logiquement du se retourner contre le Conseil, ne serait-ce qu’en le portant à la connaissance des médias. (J’en entend au fond de la classe dire “quels médias” ?) Car oui, le Paquet Télécom, c’est bien peu de choses comparé aux libertés fondamentales, et contrairement à ce que Catherine Trautmann semble dire, les principes valent qu’on se battent pour eux … Elle avait, à minima, l’occasion de planter le Paquet Télécom et de faire porter le chapeau au Conseil sans la moindre équivoque. Mais on peut aussi en outre raisonnablement croire que le Conseil n’aurait pas mis sa menace à exécution pour ensuite endosser la responsabilité de 2 années de travail gâchées.

“Aussi, je n’admettrai en aucun cas qu’on me rende responsable de cet échec car en proposant ce compromis je ne trahis pas le souhait exprimé par les internautes, je leur propose au contraire une sécurité grâce à des garanties concrètes, préalables à toute sanction, ce qui respecte totalement l’esprit de l’amendement 138.”

Il me semble que la formule péremptoire laisse ici à penser qu’elle doit être dans ses petits souliers. Quant au reste, ça s’apparente à de la ldb classique, “l’esprit de l’amendement” étant évidemment plus à entendre au sens du terme “fantôme” que pour son efficience juridique.
Madame Trautmann, merci de me dire (ldb s’abstenir) si je me trompe dans mon analyse …

Sources : La Quadrature du Net

EDIT (5/11):
Le Conseil de l’Union Européenne et le Parlement Européen ont clôt mercredi soir le débat sur l’amendement 138, en parvenant enfin à un compromis accepté dans leur unanimité par les députés de la délégation. La quadrature reste circonspecte par rapport à quelques ambigüités qui persistent.
Lire l’article sur Numérama


Un groupe facebook pour boycotter les cinémas

2009/10/10

boycott1

Je viens de lancer un groupe sur Facebook qui propose une idée simple pour lutter contre la loi Hadopi : le boycott des salles de cinéma le 16 décembre 2009. Ce serait en effet un juste retour des choses : les majors de l’industrie cinématographique française ont décidé de criminaliser les internautes, et désormais grâce à eux (et à la complaisance du gouvernement), plus personne n’est à l’abri d’une coupure administrative arbitraire de son accès au net. Nous proposons donc de frapper ceux qui nous imposent cette loi là où ça leur fait le plus mal : au portefeuille !

Pour aider, c’est simple, il suffit de relayer cette campagne via vos réseaux sociaux préférés, en appelant à déserter les salles le 16 décembre. On pourra informer les gens avec des tracts anti-hadopi et happenings en tous genres : interviews, concerts, etc … (à retrouver sur le web), surtout le jour même bien évidemment sur les parvis des multiplex (on va quand même pas emmerder les petites salles art & essai). La vérité c’est que si on arrive à leur niquer un mercredi, jour de sortie des films, les majors vont flipper !

Et tant qu’on y est à sécher le cinéma, profitons-en pour nous informer car derrière la loi HADOPI 2 arrive la LOPPSI 2, qui va enterrer la Loi de Confiance dans l’Economie Numérique et, avec elle, le principe de neutralité du net. C’en sera donc bientôt fini du web 2.0 dit “participatif”. Alors si vous aimez “participer”, c’est le moment où jamais de vous manifester, car après, comme le dit si bien Orange dans ses dernières pubs, y’aura Internet et Internet …


Relai du communiqué ODEBI

2009/09/14

Suite à l’attaque de type DDoS dont a été victime le serveur du site web de la ligue Odebi depuis le 10 septembre, je relaie le communiqué qu’ils ont publié hier sur Facebook. Au travers du message, on sent bien l’agacement, au demeurant fort compréhensible. Ce matin, le site http://www.odebi.org est toujours down, à un jour du vote à l’assemblée nationale sur la loi la plus controversée de l’histoire de la Ve République. Voici, retranscrite sur le site pcinpact, la lettre ouverte de la ligue aux députés. A lire également sur pcinpact l’article relatant les faits. La ligue Odebi semble être parvenue à identifier les IP et accuse le gouvernement.
Pour les plus motivés, un formulaire mis à disposition par la Quadrature du Net permet de contacter les députés pour leur dire tout le bien que vous pensez de cette loi.

odebi

Communiqué 14-09-09:
La Lutte Informatique Offensive menace le débat démocratique en France

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Le site de la Ligue Odebi, hébergé en Suisse, a subi une attaque par déni de service distribué qui l’a rendu indisponible à la veille du vote d’un projet de loi censé instaurer la riposte graduée sur l’internet français. C’est la seconde fois que le site de Odebi subit une attaque informatique, provenant physiquement de l’étranger.

Il va sans dire que de telles attaques, à la veille d’examens parlementaires, ne peuvent à l’évidence pas être imputées à des hackers iraniens opérant derrière des routeurs wifi à Tel Aviv (attaque du site Odebi le 6 avril 2004, deux jours avant l’examen en seconde lecture de la LEN [2] par le Sénat), ou à de quelconques entités russes(attaque de ce week end, précédant le vote du 15 septembre à l’assemblée nationale).

Odebi est toujours restée sur le terrain du débat informationnel, parfois certes vivement, mais toujours avec des arguments solidement fondés, et dans le respect du cadre légal.

Généralement, le gouvernement français doit bien comprendre que l’introduction de la Lutte Informatique Offensive est une erreur lourde de conséquences : Une telle escalade ne peut que mener à des ripostes utilisant des armes équivalentes.

Odebi, tout en regrettant une escalade à laquelle personne n’a intérêt, ne pourra fondamentalement pas condamner des ripostes à des attaques illégales contre la liberté d’expression, qui menacent gravement le débat démocratique en France.


La Ligue Odebi
http://www.odebi.org


Ecologie pas chère ? Pour quoi faire ?

2009/05/29

pollution

Avez-vous déjà entendu parler du système Pantone pour moteurs diesels ? Apparemment cette invention d’un ingénieur américain rendrait les moteurs diesel plus solides, permettrait d’économiser environ 40% de carburant, et diviserait les émissions de particules polluantes par sept ! Bonne pour nous, bonne pour la nature, voilà une innovation géniale, vous dites-vous ! Equipons-en tous les véhicules ! Et c’est aussi ce que je me suis dit en visionnant ce reportage de France 2 …

Sauf que le reportage en question, tout comme celui-ci sur TF1, date de 2005 et qu’en fait, à bien y regarder, le système Pantone est disponible depuis plus de dix ans. On peut dès lors se poser légitimement la question de savoir pourquoi on ne l’a pas généralisé. Une chose est certaine, c’est qu’il a su séduire les agriculteurs, qui ont été nombreux à en bricoler un sur leurs tracteurs (la même modification sur une voiture réclame un passage au mines).
Je pense qu’en fait, si on n’en a pas plus entendu parler, malgré ce rappel de France 3 en 2007, c’est que ni les industriels ni les pouvoirs publics n’en veulent. Il semblerait qu’ils aient même été jusqu’à organiser une campagne de dénigrement, facilitée par l’absence de banc d’essai digne de ce nom. Pourquoi ? D’une part parce que les bénéfices de Total ne sauraient attendre, mais également parce que l’état n’entend pas mettre en jeu les 10 milliards d’euros de taxes afférentes à la vente du pétrole. Ce qui revient quand même à infantiliser les citoyens que nous sommes. Il suffirait en effet de contraindre les constructeurs à monter ce système en série et d’augmenter le prix du gas-oil à concurrence de ce déficit. Le calcul est vite fait, je pense qu’il y aurait même du gras dans la marge. En tout cas, le bénéfice immédiat, et ça serait déjà ça de pris, serait d’ordre environnemental, avec environ sept fois moins d’émissions (sur les pots non catalytiques) et une prolongation de l’espérance de vie des moteurs et surtout du pétrole qui, faut-il le rappeler, ne sert pas qu’à se déplacer mais aussi, entre autres, à fabriquer le plastique.

Le truc, c’est que pour faire enfin voter une loi utile pour tous, il faudrait déjà une volonté politique. Et aussi avoir les burnes d’envoyer De Margerie et consorts se rouler pour le bien du plus grand nombre. Et ça, quelque chose me dit que ça n’est pas pour tout de suite … Y’a pourtant déjà de l’eau dans le gaz, non ?
En attendant, pour les plus bricoleurs d’entre vous, voici déjà quelques exemples concrets de montage Pantone, dont la promotion ne tarit pas au sein de la société civile. Aussi parcequ’il vaut mieux parfois expérimenter par soi-même pour en avoir le coeur net. Et si jamais cela s’avèrait être une vaste fumisterie (ce dont je doute fort) il me resterait toujours l’opportunité de casser du sucre sur le dos de PPDA pour n’avoir pas recoupé ses sources ;)